ULTRA 01 XT : Quelle expérience !

ULTRA 01 XT : Quelle expérience !

Faire un ultra, un vrai, ça faisait un moment que ça me trottait dans un coin de la tête. A mesure, j’ai allongé les distances, j’ai passé les 100k sur la TDS en 2016, j’ai cherché sans succès à obtenir des points pour l’UTMB. Et puis un jour, on y arrive, on finit par s’inscrire pour la plus longue course de sa vie et pour moi, c’est l’Ultra 01 XT.

Genèse

Après avoir (enfin) terminé la TDS en 2016, j’avais bâti mon année 2017 autour de la conquête des points manquants pour l’UTMB. J’avais décidé de démarré rapidement sur les 120km de l’Ultra pas du Diable. Mais un abandon à mi-course m’a rapidement freiné. Et puis autour de l’été s’installait la rumeur d’une course dans l’Ain organisée par Xavier Thévenard. Rumeur confirmée : un départ et une arrivée à Oyonnax, un tracé de 165km entre Bugey, plateau d’Hauteville et Retord. En somme, une course “à la maison”, un ultra, en plus bien moins cher que l’UTMB : pas une hésitation, je m’inscris !

En 2017, il me reste une grosse course pour me tester sur la longueur, c’est le Grand Trail des Templiers fin octobre. Et là, finir les 72km en 14h installe un sérieux doute. Je me dis alors que le double de distance à parcourir est tout simplement impossible pour moi. Je pense même à annuler mon inscription. Et puis je décide de laisser passer l’hiver et de voir ensuite. Mais cette histoire, peut-être que je ne la vivrai qu’une seule fois, ce serait dommage de passer à côté. Je ne fais donc pas demi-tour et commence à planifier ma préparation.

Préparation

Je profite de l’hiver et de ma plus intéressante saison de ski (oui, j’ai pris des cours, j’ai gagné mon étoile d’or!!!) pour organiser les 6 mois à venir pour arriver en forme le 22 juin pour le grand départ. Si je pense bien à inclure des sorties courses à pied entre les séances sur planches, c’est réellement à partir de mars que les choses commenceront vraiment.

Ma première course de 2018, ce fut à Poligny pour le Trail de la Croix du Dan. Course de reprise assez moyenne qui se termine avec des crampes dans les cuisses m’empêchant même de courir en descente! Le travail en trail n’est pas du tout celui du ski, il faut remettre tout en place. J’ai placé ensuite de régulières séances de piste pour travailler le foncier, les différentes allures. D’autant que l’Ultra 01 est annoncé à 165km et 6000m de dénivelé, cela peut-être assez roulant par moment, il faudra courir!

Mes sorties longues se font sur des courses de préparation courant avril. D’abord les 46km des Reculées et les 55km du Trail des Lacs. Aucun objectif de temps, juste du temps de course, des kilomètres et du dénivelé. Je finis ces courses avec de bonnes sensations. Ma dernière épreuve de préparation s’est faite sur les mêmes terres que l’objectif du côté d’Hauteville et du Bugey lors de la Promenade du Bucheron. Une course longue et difficile qui achève un cycle. Il ne me reste alors plus qu’à enchainer les petites séances de vitesse et quelques sorties longues tranquilles.

Mais ma préparation s’est aussi axée un peu plus que d’habitude sur le matériel utilisé et l’alimentation. Côté alimentation, j’ai pris soin de beaucoup boire les 5 jours précédant la course et à manger de manière plus adaptée… Sur le plan du matériel, il y a un facteur très important à prendre en compte, c’est que l’organisation qui se veut “friendly” accepte les pacers, les assistances n’importe où sur le parcours et à n’importe quel moment. Ce qui veut dire que j’ai la possibilité e prévoir des changes réguliers, de laisser du matériel en route et d’en récupérer plus tard. J’ai donc longuement réfléchi sur les tenues à porter, dans quel ordre, les chaussures, les frontales, les sacs à dos,…

Bon, le seul hic, c’est que pendant tout le printemps, mes sollicitations pour trouver des pacers n’avaient pas fait mouche. Mais heureusement, Anne, ma co-équipière de choc du Tour du Beaufortain a répondu présent, Jean-Luc a suivi et Sylvie s’est jointe à l’aventure. Voilà une équipe de choc composée de personnes sur qui je sais pouvoir compter. Me voilà confiant et surtout, mes plans ne tombent pas à l’eau.

Jour J

Nous sommes le vendredi 22 juin 2018, il me reste un dernière journée de travail avant la course. J’ai choisi d’aller travailler ce jour là tout de même, d’abord parce qu’à la maison, j’aurais tourné en rond mais aussi parce que mon bureau est à 5 minutes du stade Charles Mathon à Oyonnax. A midi, je vais récupérer mon dossard ainsi que ceux de mes Pacers. Le stress monte en début d’après-midi : j’ai la tête partagée entre le boulot et la course, ça ne va pas. Il faut vite que je parte pour me libérer d’un poids. 16h15, c’est mon heure et bizarrement, la tête va mieux car uniquement occupée par une seule pensée : la course. Je suis sur place, je croise mes collègues coureurs, certains ont fait les mêmes épreuves de préparation que moi. Je croise aussi des pacers connus (Freddow, un habitué de l’UTTJ) et puis surprise : Laetitia et Lenny sont venus me voir au départ ! Ça me fait très plaisir, je ne pensais pas les voir. Anne arrive ensuite alors que je suis en train de m’habiller. Je suis détendu, je continue à m’hydrater et je mange régulièrement un mélange de céréales et de saucisson!! Je complète les réserves.

Il y a de plus en plus de monde sur la pelouse synthétique du stade des Oyomens et encore plus lorsque le speaker nous demande de nous rassembler au milieu pour la photo de famille d’avant départ. Xav Thévenard est évidemment là, en train de se faire interviewer par Patrick Montel, parrain de l’épreuve. Et puis doucement, l’heure approche et nous nous dirigeons vers l’arche de départ. Le chrono est encore à “00:00:00” et nous attendons tous qu’il démarre. L’ambiance chauffe, entre coureurs, on plaisante encore et on se glisse des petits mots d’encouragements.

18h09 : Cette fois ça y est, l’ULTRA 01 XT démarre, me voilà en route pour la plus longue course de ma vie !!

Oyonnax – Nantua : 23km / 756m D+

Sous les encouragements des nombreux spectateurs, nous nous élançons. En passant j’aperçois Laetitia et Lenny. Je pousse un cri de joie, c’est nerveux! Le départ se fait dans les rues d’Oyonnax, sur un profil plutôt montant. Prudence oblige, le rythme est cool. Je souhaite attendre Franck et Nico mais ils sont avec la femme de Franck et l’allure est vraiment très basse, ils sont presque derniers. Alors je reprends un rythme qui me convient mieux, nous nous retrouverons plus tard.

Nous attaquons les premiers chemins. Je connais par cœur cette portion pour m’y être entraîné à maintes reprises et surtout je connais bien cette grosse montée qui nous emmène au Belvédère des Crêts : un single avec des passages à fort pourcentage de pente. Je reste calé derrière les coureurs qui me précèdent, je ne cherche pas à doubler. Je suis avec 2 alsaciens, nous discutons donc bière! Et là, au milieu des bois, un sanglier bleu sors des fourrés : C’est Xav, pacer pour Amélie sa compagne partie sur le premier relais. Oui, Xav fait aussi la course mais en relais. parti de derrière, il nous double pour la retrouver.

A la sortie du chemin de crêtes, nous arrivons à Ablatrix où je croise Michellou que j’avais rencontré à l’époque où je “courais pour le Népal”, elle est signaleur, ça m’a fait bien plaisir de la revoir! Puis dans la côte suivante, surprise : revoilà Xav en train de pousser sa dame dans la montée! Doubler Xavier Thévenard en côte sur une course, ça vaut son pesant de cacahuètes!!! Du coup, je fais une petite vidéo pour la postérité!

La suite du parcours est constituée de chemins blancs en forêts dont je n’ai pas gardé beaucoup de souvenirs. Tout ce que je me rappelle, c’est que je cours souvent, sur une petite allure, pour avancer de manière régulière. C’est le cas jusqu’à l’arrivée sur le sommet de la falaise au-dessus de Nantua. La vue y est magnifique et cela mérite bien une pause touristique!

Nous nous engageons ensuite sur un sentier un peu engagé au bord de la falaise avant d’entamer à grande descente jusqu’au lac 300m plus bas. Évidemment, en ce début de course, je suis bien, j’ai bien pensé à manger et boire régulièrement, j’ai de bonnes jambes. Alors sans forcer, je déroule dans la descente en doublant pas mal de monde. En bas, il nous reste plus d’un km de plat avant le premier ravitaillement. Je croise Laurent et Guylène en voiture, elle a bouclé son premier relais. Je double encore au plat et enfin, j’arrive sur l’esplanade du lac au CP1 où Anne et Jean-Luc m’attendent.

Il est 21h environ : la portion est parcourue en 2h52, je suis un peu en avance sur mon horaire prévu. Je pointe 88° sur 158 partants.

Nantua – Corcelles : 24km / 910m D+

Au ravitaillement, Anne me conseille de manger, je cherche du salé mais il n’y a que du comté et des cacahuètes. je prends, avec quelques morceaux de bananes. Je m’assieds sur un banc, j’attrape les bouteilles qui sont à mes pieds : pepsi et eau gazeuse. Ce n’est pas ce que j’aime mais j’ai soif alors je bois. D’après mes mais, j’ai l’air bien, en forme, c’est aussi ce que je ressens. Jean-Luc semble heureux de faire un bout de route avec moi car oui, il m’accompagnera jusqu’à Corcelles. Après une bonne petite pause, nous voilà repartis le long du lac,heureux, moment immortalisé par Anne.

Nous arrivons à ma seconde ascension de la course : la montée à la Dent du Diable pour rejoindre ensuite les Monts d’Ain par la crête. Cette portion, je l’ai testée il y a 15 jours sur une reco organisée par la course. Je sais à quoi m’attendre et je pars prudemment. Tout se passe bien, nous discutons avec Jean-Luc de tout et de rien, le temps passe. J’avais repéré un belvédère presque en haut que je montre à Jean-Luc, histoire de faire une pause photo. Puis c’est le sommet, il nous reste le chemin de crêtes que je sais difficile, ponctué de bonnes pentes et de relances compliquées. Mais avec Jean-Luc, ça passe mieux. Nous sommes en sous-bois et la lumière du jour fait défaut, c’est le moment de visser les frontales sur la tête. Par moments, la vue se dégage pour nous montrer le lac et les lumières de la ville. Il y a aussi le son de la fête de la musique qui résonne jusqu’à nous. Nous voilà aux Monts d’Ain à 1130m d’altitude et le sentier se poursuit quelques hectomètres en descente un peu technique. Je reste prudent dans les pas de Jean-Luc.

    

Ensuite, encore une fois, un passage qui ne m’est pas resté en mémoire, sans doute parce que ce sont des chemins blancs en relance où il faut courir. Ces passages sont assez longs, tellement long qu’on finit même par se tromper, n’ayant pas vu la rubalise à droite. Pourtant, nous avions repéré le point d’eau suivant avec les feux des voitures et nous sous sommes bien rendus compte que nous ne prenions pas la bonne direction. C’est un groupe de frontales qui rebrousse chemin qui nous fait faire demi-tour. Au final, ce sont peut-être 400 ou 500m de détour, rien de méchant. Nous arrivons finalement au point d’eau des Étangs Marrons où là encore Anne nous attend.

Je ne sens pas encore trop la fatigue mais déjà, je ne mange plus beaucoup. Anne, en bonne “coach” insiste pour que je mange alors j’attrape des morceaux de bananes, je m’assieds un moment à l’arrière de sa voiture en attendant qu’elle me fasse couler un excellent thé bien chaud. Moi, j’ai vraiment apprécié le thé mais force est de constater que l’appareil digestif n’est pas du même avis. A peine ingurgité, tout ressort immédiatement. Mais finalement, c’est un peu un poids qui s’est enlevé et ça va tout de suite mieux. Même si coté gastrique, tout n’est pas rose, le moral reste excellent et je continue à plaisanter. Nous repartons de plus belle alors qu’Anne raccompagne un coureur qui abandonne.

La suite vers Corcelles est assez drôle : alors que nous faisons une pause pipi, je pars devant Jean-Luc, apercevant un autre coureur derrière nous. Nous sommes en descente. Un type me double m’indiquant la direction et je le laisse prendre de l’avance. J’attends Jean-Luc. Le type me voyant m’arrêter me demande si ça va? Je lui répond que j’attends mon collègue. Et lui de me répondre “c’est moi ton collègue !!!” En fait, ce n’est autre que Jean-Luc qui m’avait dépassé et je ne l’ai pas reconnu !!! Sur cette bonne blague, nous arrivons gentiment au CP2 de Corcelles.

Il doit être environ 1h30 du matin, j’en suis à 7h20 de course et je suis 127°. J’ai perdu beaucoup de places entre le détour et l’arrêt “troubles digestifs” et d’ailleurs, le gars du chrono nous indique qu’il attend encore environ 20 coureurs dans l’heure qui nous sépare de la barrière horaire. Le cumul est de 47km et 1666m D+.

Corcelles – Hauteville : 24km / 580m D+

Le ravitaillement est au froid, en pleine nuit. Anne toujours fidèle au poste nous accueille. Je n’ai encore presque rien mangé et je me fais “engueuler” (!) mais là, il y a de la soupe chaude alors c’est peut-être pour moi l’occasion de reconstituer un peu de réserves. Franck est là aussi, il a dû me doubler vers les Étangs Marrons. Il semble bien et repart devant. Nico arrive derrière et lui par contre ne semble pas bien du tout. Je me dis que de devrait l’attendre pour qu’il ne soit pas seul. Mais j’ai froid alors je décide de repartir. Seul car Jean-Luc a rempli sa part du marché, il travaille samedi, il faut qu’il se repose un peu. Moralement, je vais bien, physiquement aussi mais je sais que l’alimentation va encore me poser des problèmes…

A la traversée de Corcelles, Michellou est encore là! Elle m’indique la route à suivre : une longue route bitumée suivie d’un sentier. J’imprime donc une petite foulée ni trop lente ni trop rapide, juste de quoi avancer suffisamment vite sans trop me fatiguer. Je sais qu’au le prochain Check-Point d’Hauteville, je pourrai me reposer dans un gymnase. Il fait nuit noire et je suis tout seul. A des moments, je me dis qu’heureusement qu’il n’y a pas de bêtes sauvages dans le coin. En tout cas, s’il y en avait, je ne les ai pas vus! C’est dur dans la tête, on pense à plein de choses qui n’ont rien à voir avec la course pour se passer le temps. Le paysage défile mais je n’y vois rien, je ne me rappelle pas le moins du moins par où j’ai pu passer!

Sauf lorsque j’arrive dans les tunnels des Cascades de la Charabotte. Je suis assez impressionné par ces longues galeries creusées dans la roche, cela semblait être d’anciennes voies ferrées. les tunnels sont particulièrement longs et enfin, au loin j’aperçois des frontales devant. Doucement je reviens sur elles mais sans jamais vraiment les rattraper. Puis à la sortie, après une descente assez longue sur la route, nous arrivons vers Nantuy où il y a un point d’eau. mes prédécesseurs s’arrêtent, moi je continue tout droit. Je bois régulièrement mais j’ai encore suffisamment d’eau. J’ai aussi largement assez à manger car j’avale de temps en temps des micro-rations histoire de ne pas tomber en hypoglycémie.

Ca remonte ensuite d’abord par une route puis dans les bois sur une bosse où le profil au sommet est roulant (encore!). Et enfin j’aperçois le plan d’eau des Lésines (marais de Vaux). Nous nous y sommes promenés le mois dernier lors de la Promenade du Bûcheron. Je reconnais les lieux et je sais que le ravitaillement n’est plus loin. En plus, ça redescend alors je reprends confiance et je double quelques coureurs. Me voilà au bord de l’eau, plus que 2km au plat avant d’arriver. Encore une fois, Anne est fidèle au rendez-vous!

Il est environ 6h au CP3, le soleil vient de se lever, cela fait 11h53 que je suis parti. J’ai repris quelques places, je suis 117°. Ce sont donc 10 personnes que j’ai doublé, presque toutes sur les derniers kilomètres. Cumul : 70km / 2245mD+

Hauteville – les Plans d’Hotonnes : 22km / 1020m D+

Arrivé à la base vie d’Hauteville, je sais que je pourrai confortablement me changer car j’ai un sac complet de change. Mais ma seule idée dans un premier temps est de dormir un peu. Anne, comme une maman, me montre un matelas et me ramène un duvet et un oreiller. Je me couche dans mon nid douillet et m’endort. Juste quelques minutes car l’ami Franck arrivé peu de temps avant moi vient squatter le matelas avec moi !! Ce sont donc 2 gros bébés qui partent pour un somme de 30 minutes!

Anne nous réveille, nous mangeons un peu (un tout petit peu pour moi malgré sa sempiternelle insistance), je me suis changé entièrement de la tête au pied, ça fait du bien de se réveiller dans des affaires propres et sèches! En tâtant le terrain, on se rend compte qu’il fait bien frais dehors mais le soleil fait son apparition et devrait nous réchauffer. C’est alors qu’arrive Nico avec plus d’une heure de retard sur nous, il va aussi dormir un peu, ça lui fera du bien!

Nous voilà partis pour traverser Hauteville par un très long parcours sur la route goudronnée. Nous marchons sur un relief plutôt montant. Et à la sortie du village se dresse devant des pistes de skis qu’il faut remonter jusqu’au sommet. C’est la Praille ! Alors nous avançons tranquillement avec devant nous quelques coureurs en point de mire qui nous indiquent l’ampleur de la difficulté. Après une montée d’environ 500m D+, le vent souffle au sommet mais la vue sur les Alpes et le Mont Blanc est magnifique! Il est temps de redescendre de l’autre côté de la bosse où encore une fois Anne est là!!! Elle nous propose à boire ou à manger mais tout va bien, nous sommes remplis! Nous croisons des “mushers” d’été avec leurs chiens de traîneaux à l’entraînement. Il fait beau, le paysage est sympa… Mais les traversées de Combes, qu’est-ce que c’est long !! J’ai bien finalement dans ces montées sèches parce que le roulant, ce n’est pas vraiment fait pour moi. Je m’y ennuie… Aussi bien que j’en ai encore oublié la moitié des choses que j’ai pu voir…

Heureusement, par une longues descente roulante, nous voilà au Petit Abergement. Il y a une fontaine, Franck fait sa séance cryothérapie en baignant les pieds. Mois je préfère simplement passer sous l’eau la casquette et mouiller les bras et les jambes. Deux gars de l’organisation sont là avec leur camion et nous proposent de l’eau qui est la bienvenue. Nous repartons ensuite pour le Grand Abergement. Mais avant cela, il nous faut descendre dans le lit de la rivière du Séran. Bon, là, c’est un peu Koh Lanta : des cordes pour nous éviter de glisser dans les pentes ou sur les pierres, les pieds dans l’eau…

Une fois sortis de l’eau, nous remontons sur le village où Anne est là au point d’eau. Je me couche par terre à l’ombre d’un arbre. Mais comme je suis sur la route, on me demande si ce ne serait pas mieux sur le banc dans l’abribus… j’en conviens! Encore une micro-ration de je ne sais plus quoi sous les ordres du capitaine Anne (dont je n’ose pas contredire l’autorité!!). Petit check santé : moral OK, jambes OK, appareil digestif peut mieux faire… Et c’est encore temps de reprendre la route avec Francky, comme un vieux couple (on est intime maintenant qu’on a dormi ensemble!), presque bras dessus, bras dessous, pour grimper vers le prochain ravito. Et oui, ça monte encore! Une belle bosse de 400m D+ qui nous conduit à la Croix de la Ponaisse où les pacers de Franck (ses frères) sont venus à notre rencontre. C’est à 4 que nous retournons alors aux Plans d’Hotonnes.

Arrivée au CP4 vers 12h après 17h57 de course .Côté classement, on reste stable à la 117° place. Cumul : 92km / 3263m D+

Les Plans d’Hotonnes – Nantua : 38km / 884m D+

En arrivant, je ne vois pas Anne… tiens, bizarre… Alors je vais vers le ravito et je m’assieds dans le garage au frais, à l’ombre car le soleil tape en cette mi-journée du samedi. Une bénévole me propose un verre d’eau que je prends et de remplir mes flasques. C’est gentil. Une fois un peu reposé, je me relève et retourne à la recherche de ma “coach” ! Madame s’était octroyée une petite sieste somme toute complètement méritée. Elle ma suivi depuis le début, elle est là partout, au top, prête à répondre à mes moindres envies. Elle a bien le droit à une peu de repos. Franck retrouve la voiture de ses pacers et peut donc remettre quelques affaires sèches. Et puis c’est notre Nico qui arrive, le visage blanc. On l’a raccompagné en voiture, il s’est arrêté au Petit Abergement. Sage décision, ça ne vaut pas la peine de trop forcer et de se rendre malade, ce n’est que du sport !

    

De notre côté, nous repartons sur un bout de chemin déjà emprunté lors des Bûcherons pour monter au Crêt du Nû. Nous sommes toujours une bande de 4 et ça fait du bien car on peut discuter, rigoler, faire passer le temps plus vite. parce que les chemins, encore et toujours, sont interminables!!! Plus ça va et plus je peste… Des combes, de la route, des bois… Je me rappelle avoir revu le Mont blanc sur la route… Puis c’est enfin le col de Cuvéry. Encore une fois, Anne nous attend ainsi que la femme de Franck. On se croirait au pique-nique : couverture au sol qui me permet de m’assoupir quelques minutes, glacières, à boire et à manger, le tout dans une ambiance champêtre… Puis c’est reparti en direction du Poizat.

Nous traversons à nouveau des chemins dont je n’ai quasi aucun souvenir… La fatigue est omniprésente et j’ai même parfois envie de baisser les bras. Mais c’est impossible, trop de gens compte sur moi et se sont investis, à commencer par Anne. Le mental reprend le dessus et on continue… les frères de Franck m’aident beaucoup aussi par leurs encouragements. Tout ceci nous emmènent vers le dernier point d’eau du Poizat. Anne et Anne-Sophie sont encore là. Je mange un petit bout de melon, je fais le plein en eau. je ne veux pas trop traîner, pressé d’en finir. Nous repartons accompagnés sur les premiers kilomètres d’Anne-Sophie, ce qui change un peu des discussions purement de mecs!! Sur le chemin, il me semble avoir aperçu le Crêt de Chalam… rien à voir avec la course mais je ne sais pas pourquoi, ça me réjouit.

Le parcours se poursuit par de grands et longs chemins blancs qui font moultes détours avant de nous conduire au sommet des Monts D’Ain quand enfin, je reconnais le sentier du KMV de la Station de Trail de Nantua. je sais donc qu’il ne reste que de la descente assez raide pour rejoindre le lac et le dernier ravitaillement. Le moral revient alors et je reprends un rythme plus élevé en doublant des coureurs prudents. Je suis rapidement en bas, je sais que je vais retrouver ma femme et mon fils ici. J’envoie un petit texto pour prévenir de mon arrivée.

Enfin le CP5 de Nantua, il n’est pas encore 20h, je suis en avance sur mes prévisions et ça fait du bien! J’en suis à 25h54 de course et je pointe maintenant à la 100° place. La descente m’a fait gagner une grosse dizaine de places! Cumul : 130km / 4147m D+

Nantua – Oyonnax : 27km / 975m D+

J’ai effectivement un poil d’avance et je suis surtout heureux de revoir ma femme et mon fils au bord du lac. Ils m’accompagnent vers le ravito. Anne continue d’insister pour que je mange. Il y a là des médecins de course qui me disent pareil, surtout du salé. Alors Laetitia m’ayant ramené quelques petits saucissons, je mange un peu. Il me reste encore une bonne partie mais je sais que je tiens le bon bout. Et surtout, je ne serai pas seul car maintenant, Sylvie sera avec moi pour m’accompagner jusqu’au bout. Nous avons déjà testé ça au Trail des Lacs, elle sur le 34km et moi sur le 55km, nous nous étions retrouvés au dernier ravito pour les 17 derniers km et elle m’avait bien tiré. J’ai confiance absolue en elle pour m’emmener à Oyonnax.

Franck n’est pas encore arrivé ou plutôt, il arrive juste lorsque je décide de partir, j’ai 1/4 d’avance sur lui dû à ma bonne descente. Alors je fais le bisou à madame et à Lenny et avec Sylvie nous reprenons la route ensemble. D’entrée, il nous faut remonter sur les falaises descendues à l’aller. Je sais ce qui m’attend. Sylvie prend un rythme régulier que je peux tenir et je monte dans ses pas. Je souffle un peu par moment mais ça se passe bien. Une fois en haut, la plus grosse difficulté est passée. Mais là encore, nous reprenons des sentiers qui n’en finissent pas. Sylvie comprend de quoi je voulais parler lorsque je disais que j’en avais parfois marre… Et après 2km de bitume, à une traversée de route, Anne est à nouveau là avec l’un des frères de Franck. J’en profite pour faire un petit arrêt pour mettre la frontale et le coupe-vent car la température diminue à mesure que le soleil s’échappe. Et puis nous repartons pour une montée dans les bois.

Sylvie me tient éveillé en discutant mais après de longs chemins et surtout un grand bout de route, je sens que je me marche plus droit et que mes paupières ont envie de se fermer. Je vois Sylvie qui s’évade petit à petit devant. Je lui dit avoir besoin d’un peu de repos et heureusement nous arrivons dans un village. Là, il y a une ancienne collègue et son mari qui attendent Franck. Je leur demande si je peux me réchauffer dans leur voiture quelques minutes mais ce n’est pas la peine car une fois de plus, ma merveilleuse Anne est là!! Du coup, je plonge dans sa voiture sous le duvet et je m’endors pour 15 petites minutes.

C’est sans doute Franck qui arrive à Charix qui m’a réveillé. Il m’a repris mon 1/4 d’heure d’avance et tant mieux, nous pourrons repartir ensemble. Nous nous engageons alors dans les sentiers au milieu des bois. Je n’ai rien à décrire ici car il fait nuit et ce sont des arbres qui cachent d’autres arbres !!! Tout ce que je sais c’est que nous nous approchons du dernier point d’eau du Lac Genin et que derrière, il ne restera presque plus que de la descente. Au lac, Anne est accompagnée de Jean-Luc qui va terminer avec nous. C’est une bande de 5 larrons qui repart pour d’abord contourner le lac avant de gravir la dernière petite côte. Franck n’est pas bien et remet un tshirt manches longues pour se réchauffer. Une fois en haut, c’est la dernière bascule vers Oyonnax. Je le sais, je l’attends depuis des heures! Le moral revient fort accompagné des bonnes jambes. J’engage donc la descente devant, me suivent Sylvie et Jean-Luc. Franck restera plus prudent, il n’aime pas descendre. Moi j’envoie, plus de temps à perdre, c’est la der des der! Nous doublons des coureurs qui se demandent comment nous faisons pour avoir encore cette pêche à ce moment de la course!!! Et puis à 3km de l’arrivée, nous apercevons 2 coureurs assis sur le bord du chemin. Ce sont Nicolas et Suzanne. Suzanne est ma copine québecoise avec qui nous avons terminé ensemble la TDS. Mais elle ne court pas cette fois, elle accompagne son mari Nicolas. Il a fait toute la course loin devant mais là il craque. Je l’encourage, je sais qu’il est entre de bonnes mains et je repars.

Fini la grosse pente, nous arrivons sur le chemin de la Bretouze que je connais par cœur. Pour la première fois de la course, je dois dépasser les 10 km/h !!! Impensable il y a encore quelques heures! Même Sylvie a presque du mal à suivre!!! Je suis tellement pressé d’arriver!!! Par prudence je calme un peu le rythme lorsque nous arrivons dans les rues désertes d’Oyonnax. Jean-Luc est un peu devant en éclaireur pour repérer le balisage au sol parfois peu voyant. Et puis c’est enfin la dernière ligne droite. Anne est au bout à nous attendre. Dernier virage avant de franchir la ligne et c’est à 4, nous tenant pas les mains que nous franchissons ensemble cette arche d’arrivée où je mets un coup pour faire tinter la cloche au passage.

Il est 2h du matin ce dimanche, je boucle ces 158km et 5200m D+ en 31h54 !!! Je pointe au final à la 90° place, encore 10 de gagnées!

On me passe la médaille de finisher autour du coup, on me donne une bouteille d’eau gazeuse et un morceaux de comté. On me félicite, je remercie chaleureusement mes équipiers sans qui tout ça n’aurait pas été possible, j’y reviendrai. Je savoure… Quel bonheur d’être là, entier !!!

Epilogue

Ca y est, c’est fait, je crois que je viens de basculer dans le monde des fous !!! Ceux dont la plupart des gens ne comprennent pas ni pourquoi, ni comment nous faisons ça. C’est sûr que j’ai vécu en près de 32h des moments difficiles, de moments de doutes, de souffrance parfois, de douleur souvent. Mais j’ai aussi eu droit à tant d’instants de bonne humeur, de découverte à la fois de paysages, des limites de mon corps et puis cette satisfaction d’être au bout, d’avoir accompli un petit exploit. Cela reste du sport et dans tout sport il y a des hauts et des bas mais c’est le bon qu’on retiendra plus facilement.

A J+3, je ne suis pas encore redescendu, je plane encore, je regarde cette médaille de finisher. Écrire ce récit me permet de me remémorer chaque instant de cette course mais si parfois, j’ai quelques blancs. Mon état d’esprit aujourd’hui n’est pas différent d’hier mais aussi bien la tête que le corps me disent “stop”, je n’ai pas envie de recommencer et de me lancer à nouveau dans ce genre d’aventure, d’expérience car il s’agit là bien de ça, une expérience! Mais demain, je changerai peut-être d’avis (satanée Diag des fous qui trottre dans la tête…), mais j’ai bien le temps pour ça d’y penser. La priorité est à la récupération et sûrement à me réinscrire sur de plus petits formats bien plus simples à gérer.

Mais je ne pouvais pas achever ce récit sans parler des autres. Parce qu’un ultra, un tel défi, ne peut pas à mon sens se faire seul. D’abord, il y a les proches, ceux qui vous permettent au quotidien de partir pour vos séances d’entraînement de parfois plusieurs heures. J’essaie le plus possible d’éviter de trop empiéter sur la vie de famille mais j’ai de la chance que Laetitia comprenne et accepte. Je peux aussi la remercier d’être venue me voir au départ et pendant la course parce que la voir avec mon fils m’a fait chaud au cœur et ça regonfle un moral! Il y a aussi les autres coureurs, les collègues. Notamment Franck avec qui on a déjà vécu un sacré paquet de kilomètres ensemble sur beaucoup de course. Là encore, même si nos chemins se sont parfois séparés, on a passé un pas mal d’heures ensemble et ce fut un plaisir, comme d’habitude et je le félicite pour être lui aussi au bout de l’aventure.

Et puis surtout, l’Ultra 01 Xt permettait l’assistance en tous points et l’accompagnement de pacers, c’est idéal pour débuter sur ces formats de course en douceur. Et là, je dois dire que j’ai été très très chanceux d’avoir pu être accompagné par 3 personnes de premier choix!! Je pense évidemment à Sylvie qui m’a donné un tempo, qui m’a écouté, qui m’a éviter parfois de m’endormir, ce fut très précieux sur la fin de course. Également Jean-Luc qui m’a suivi sur plus de 30km en 2 fois. L’entame de la première nuit avec lui fut très sympathique et c’était important d’avoir quelqu’un à ce moment là pour ne pas sombrer tout de suite. On a bien rigolé et on a passé un vrai bon moment ensemble même si c’est avec lui la seule fois de la course où nous nous sommes trompés de parcours!

Et bien sûr, il y a eu Anne. Son nom revient à chacun des chapitre de ce récit, elle était partout, tout le temps. Déjà deux semaines avant, avec Jean-Luc, ils sont venus à la maison pour prendre connaissance des cartes, de mes prévisions horaires. La veille, elle est revenue chercher un sac d’affaires de rechange. Avant le départ, elle était encore là avec Laetitia pour les derniers instants d’avant course. Et que dire pendant la course : toujours présente, super investie. Une vraie petite maman pendant un peu moins de 32h prête à céder à chaque caprice d’un enfant gâté! Elle a été aux petits soins, parfois haussant gentiment le ton pour que je mange (j’avoue n’avoir pas été toujours très obéissant…). A chaque point de passage, ravitaillement, je la cherchais tellement c’était à la fois un bonheur et un soulagement de la voir. Un grand, grand merci à ces 3 là, vous m’avez facilité la vie et la course qui n’aurait certainement pas été la même sans vous .Encore merci !

Et maintenant? Quel sera le prochain défi? Il sera temps d’y penser plus tard parce que là, je viens de faire 158km et 5200m D+ en 31h54… Excusez-moi, je suis FINISHER DE L’ULTRA 01 XT !!!

ça vaut bien une petite bière !!!

 

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