UTTJ 2015 – Jour 1 : Les Abîmes

Nous y sommes! Cela fait un an que j’attends ce moment. Celui de retrouver cette ambiance particulière, celui de revivre le bivouac, celui de retrouver les chemins de l’UTTJ, ceux que j’ai parcouru l’an dernier avec quelques variantes. Nous avons de la chance cette année, il fait beau et chaud, nous pourrons pleinement profiter des vues splendides dont la brume nous a privé l’an dernier.
Voilà dans quel état d’esprit j’abordais cette course au matin du 11 juillet 2015, mais ça, c’était avant !

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5h00 : Le réveil sonne, je me lève sans mal car je sais qu’aujourd’hui je vais passer une bonne journée. Je me prépare, je déjeune rapidement, j’enfile mes habits de course et je pars pour Saint Claude et son stade de Serger, nouvelle aire de départ de l’UTTJ. Je suis sur place vers 6h et j’y retrouve naturellement les copains organisateurs, coureurs, amis. Pas de stress, tout le monde semble relativement détendu. Le soleil pointe son nez, il fait déjà presque 20°C.

Peu avant 7h, l’ensemble des coureurs du parcours solo et les premiers relayeurs se placent sur la ligne en écoutant le briefing de Sam et Lucas ainsi que le vibrant hommage à un ami de la course récemment disparu. Et ça y est, nous partons, je suis à côté de René, comme prévu.

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Premier couac : le départ est à peine donné que la GoPro s’éteint! J’ai bien pris des batteries de rechange mais je n’ai pas vérifié celle dans la caméra! Alors quelques centaines de mètres plus loin, je demande à Sam de glisser la caméra dans mon sac…

Nous empruntons alors les premiers chemins et traversons Chaumont après 20′ de course et 3km.

Second couac : une vilaine bestiole ailée vient me piquer l’intérieur du bras gauche! Je prends sur moi pour éviter de me gratter et heureusement, je finis par oublier la douleur.

C’est alors que nous allons à l’assaut du Mont Bayard, une ascension d’environ 1.5km et 220m de dénivelé depuis Chaumont. Le Mont Bayard est le sommet qui domine Saint Claude et la vue sur la ville y est imprenable! Et une fois arrivé sur la crête, je me rends compte que je suis juste derrière Jacky, un collègue des Lacets du Lizon. Je lui dit alors que ce n’est pas normal que l’on court ensemble, il est plus fort que moi, soit il est parti lentement, soit je suis parti un peu trop vite! Mais je vais bien alors je poursuis l’allure avec lui et nous redescendons au Pontet où se trouve le premier poste Croix Rouge. Je m’arrête pour faire désinfecter ma piqûre et je repars.

Dans la descente qui suit, je reviens rapidement sur Jacky, je suis bien, ça avance vite mais pour le moment, ça me convient. Nous traversons Tré-Bayard et nous filons au fond de la vallée pour franchir la passerelle devant la Cascade des Combes, traverser le Pont du Diable pour arriver au très attendu Trou de l’Abîme! Ce passage avait été fermé quelques années suite à des éboulis et a réouvert ce printemps. Le petit torrent de l’Abîme a creusé son lit dans la roche calcaire en taillant des formes arrondies, les marmites. Des passerelles métalliques ont été spécialement réaménagées pour les parcourir. Ici, il fait frais et c’est tant mieux car le soleil commence à chauffer correctement.

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© JF Bourgine

Je n’ai ensuite aucun mal à rejoindre Vaucluse et son ravitaillement animé par les Cors des Alpes! La petite pause fait malgré tout du bien mais je ne m’éternise pas et repart assez vite car derrière, il nous faut remonter sur le plateau au-dessus du cirque de Vaucluse. Là, nous devons en être approximativement à 12-13km et près de 1000m de dénivelé. Mais une fois sur le plateau, ça n’est pas terminé car il nous faut franchir une petite bosse pour atteindre les magnifiques crêtes du Fresnois avec une superbe vue sur la vallée voisine.

Au bout de ce sentier aérien, nous arrivons au belvédère du Crêt Pourri avec son incroyable panorama sur Saint Claude et les vallées voisines avant la redescente sur la Main Morte où nous attend un point d’eau. Je suis toujours avec Jacky pour franchir le col de la Tendue avant la grande et interminable descente à la Fontaine aux Oiseaux. Et là, je passe devant car les descentes, ça me connaît ! Plus que quelques hectomètres avant le retour à Saint-Claude, je rentre dans le stade et il y a une grosse ambiance! J’entends mon nom et je m’aperçois qu’il y a pas mal de coureurs connus des Lacets, juste venus voir ou qui participent au relai. Je rentre au ravitaillement à 10h25 après 25km et 1250m de D+ en 3h25, soit 5 minutes de moins que l’an dernier mais avec 3km de plus!

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Effectivement, j’ai dû aller un peu vite et ma première réaction est de me dire qu’il ne faut absolument pas que j’embraye la suite du parcours sur le même rythme. Au ravito, je bois, je mange, j’enlève les cailloux des chaussures (merci Franck, j’ai failli oublier!). Il fait déjà chaud, sans doute près de 30°C. Je repars alors tranquillement accompagné sur quelques mètres par Sam, je descend au Pré Saint-Sauveur, longe le Tacon pour remonter vers la Cathédrale. Dans la côte, je me fais rejoindre par Noël et également Sabine qui viennent tous deux de prendre leur relai. Je fais quelques mètres avec Sabine, jusqu’aux jets d’eau devant le musée de l’Abbaye, mais elle est bien plus fraîche que moi et c’est derrière elle que je franchis le grand pont.

De toutes façons, il faut que je calme le jeu, je ne cherche pas à suivre car j’ai devant moi les 2 grosses ascensions du jour : le Mont Chabot et Roche Blanche. J’entame la première montée tranquillement mais dès les premiers mètres, lorsque je sors de l’ombre, je sens comme un coup de plomb sur ma tête. Une partie est à découvert et le soleil s’abat sur moi de toutes ses forces! Je sais que ce sera difficile et je monte alors péniblement, presque obligé de faire des petites pauses tous les 15-20m. Je me remémore ma première montée du Mont Chabot il y a 2 ans lors du 10km découverte de l’UTTJ, cela m’avait semblé interminable! Je revis les mêmes sensations ce samedi alors que je suis repassé plusieurs fois ici dans de bien meilleures conditions. A mi-parcours, je m’arrête pour manger un peu mais je sens que le ventre commence à se nouer. Après les 400m de dénivelé en moins de 2km, je ne suis pas au mieux et je me fais doubler par Anne qui elle aussi vient de prendre son relai.

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© JF Bourgine

Au sommet, nous traversons la forêt pour passer entre la Roche d’Aigle et la Grange du Mont pour basculer vers La Pérouse. D’habitude, une fontaine m’y attend avec Martine, une ancienne collègue. C’est bien le cas encore aujourd’hui. Il y a aussi Jean-Luc, le doublon d’Anne, venu l’encourager. Je fais encore une petite pause, le temps de me rafraichir. A La Gaîté, je croise Xavier qui me dit que je suis tout blanc. Ça ne m’étonne pas vraiment, je suis complètement noué, je ne peux plus manger et je me sens vide.

Péniblement, je remonte au Pré-Martinet pour un nouveau ravitaillement sauf que cette fois, la pause sera bien plus longue. En effet, ne me trouvant pas très en forme, Sandrine m’invite à m’allonger à l’ombre sur une couverture, les pieds surélevés. J’avale difficilement une compote de pomme, les fruits ne passent pas encore. Mentalement, je me sens bien, j’arrive à plaisanter. Physiquement, ça va aussi, j’ai les jambes mais c’est vraiment cette chaleur et ce ventre qui m’empêchent de vivre pleinement ma course. Au fur et à mesure que les minutes passent, toujours allongé, j’arrive à manger une salade de pâtes, une autre compote, une nectarine. Je me lève après plus de 30′ de repos pou remplir la poche à eau et continuer de me restaurer.

J’apprends alors que René est passé pendant ce temps et c’est alors qu’arrive Brigitte. Je repars avec elle qui est aussi en relai. Nous pourrons grimper Roche Blanche ensemble. Je la suis donc sur les premières foulées, nous discutons, tout va bien. Après 1/3 de montée, elle souhaite faire une pause. Pour ma part, je n’y tiens pas alors je continue seul et reprends un peu de rythme. Je passe les 2 fameux pylônes en plein soleil et rebelote, ça me chauffe à nouveau et le ventre commence à refaire des siennes! Quelques mètres plus haut, tout ce que j’ai pu avaler au ravitaillement ressort…

Là, je sens que c’est la fin. Je tente de me remotiver, pour La Ronde d’Adrien, l’association pour laquelle je cours ce week-end et les 11 parieurs qui comptent sur moi. Alors je repars et fini malgré tout l’ascension (2.4km et 700m D+). En haut, je vois Cédric qui tente de me remotiver lui aussi. Je continue un peu, passe le camion de la Croix Rouge, m’arrête quelques secondes au point d’eau. Je bois mon gobelet par petites gorgées et je le fini sous un abri bus au carrefour de La Cernaise. Mais ça ne va pas mieux. La raison finit par prendre le dessus : le réservoir est vide et je ne peux plus mettre de carburant, je ne peux pas continuer comme ça, c’est dangereux. Alors je fais demi-tour jusqu’à la Croix Rouge et annonce mon abandon après presque 40km et 2700m de dénivelé en 7h30.

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Dans le camion, il me prenne les constantes, j’ai 39° de température bien que je ne me sente pas fiévreux. J’apprends aussi qu’à cet endroit a abandonné René quelques minutes plus tôt. J’attends alors que l’organisation vienne me récupérer en me reposant. Et c’est le Babas, Seb, qui arrive avec sa camionnette. Il est étonné de me voir. Je reste avec lui un bon moment car nous devons récupérer d’autres abandons ou hors-délais. A Roche Blanche, les fermeurs arrivent au sommet, Kat semble exténuée mais souhaite continuer. Il reste 2 coureurs dans la montée à rapatrier. Un autre se trouve à La Cernaise. Puis nous filons à l’Etain où il y a une nouvelle barrière horaire et nous devrons ramener encore d’autres coureurs.

Nous arrivons finalement à Mijoux par la route et non par les chemins. Là, les arrivées s’enchainent, la bonne humeur est au rendez-vous, nous prenons possessions de nos couchages, nous mangeons un bon repas chaud (que je peux avaler!).

Ma course est terminée, je suis extrêmement déçu, notamment pour La Ronde d’Adrien mais il était plus sage et raisonnable de stopper là.

Mais l’UTTJ lui continue, il reste le retour à Saint-Claude le dimanche. Je ne peux pas tout simplement partir et rentrer, je dois continuer la fête, c’est plus fort que moi. L’organisation permet aux abandons su samedi de repartir le dimanche mais je ne souhaite pas repartir une journée complète dans la même galère, sous la chaleur. Je préfère me rentre utile pour la course. Je serai donc bien sur l’UTTJ ce dimanche mais je vous laisse patienter jusqu’au prochain article pour découvrir comment!

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