UTTJ – Partie 2

1ère Partie

La première journée de l’UTTJ est passée. Une étape superbe entre Saint-Claude et Mijoux. 55km de pur bonheur avec ses joies, ses doutes, ses difficultés… Et puis la journée s’est terminée par un bivouac rempli de bonne humeur, de rencontres, de bons moments jusqu’au coucher de bonne heure.

Mais l’UTTJ, ce sont 2 étapes. Il nous faut maintenant retourner à Saint-Claude après une bonne nuit de sommeil.

Dimanche 13 juillet 2014

Pas si facile de s’endormir dans un duvet, même dans un lit, sur un vrai matelas. Alors le réveil à 5h00 du matin n’est pas des plus évidents. En ouvrant les yeux, on commence par se demander où nous sommes mais rapidement, les souvenirs reviennent et surtout, on se rappelle que ce matin, il y a un nouveau départ. Alors calmement, on se lève, on s’étire. Certains reviennent déjà de la douche. J’ai trop la flemme, pour moi, ce sera juste une rapide toilette. Et puis on sort du sac les affaires pour une nouvelle journée de course. Déjà les premières questions : va-t-on avoir froid ce matin ? les chaussures ont-elles eu le temps de sécher ? … Et puis on s’habille.

5h30 : Avec Jacky et René, on descend prendre le petit déjeuner, un grand café et des tartines de beurre et de confiture. On y retrouve Brigitte. Sam n’est pas loin et il s’affaire déjà pour le départ. Je remonte ensuite boucler mon sac qu’un autre coureur m’aidera à fermer. Je redescends prendre l’air, poser mon sac devant le camion qui le ramènera à Saint-Claude. Noël et Didier reviennent, ils ont dormi chez leur sœur. Petit à petit, les coureurs sortent des chambres et des dortoirs. Je reste quelques minutes admiratifs devant ceux qui ont du monter leur tente devant les bâtiments et passer la nuit dehors. On discute, la tension monte un peu à meusre que l’heure du départ approche.

6h50 : Presque tout le monde est prêt, nous sommes devant la ligne pour écouter le briefing de Sam. La bonne nouvelle, ce sont les petits rayons de soleil que nous voyons traverser le brouillard qui lui est toujours bien présent. Le parcours prévu sera bien fait, nous monterons sur les Monts Jura (la météo de la veille avait permis quelques doutes). Seule modification, nous passerons devant le Crêt au Merle sans le monter pour atteindre directement le Crêt de Chalam.

7h00 : Le départ est imminent. Autour de moi, presque tous les engagés des Lacets du Lizon, Cédric est là aussi, tout comme la miss de Chabot (depuis, j’ai appris qu’elle s’appelait Marine). La musique résonne, le speaker fait le décompte et c’est parti ! Nous voilà élancés pour 55km nouveaux kilomètres. Les premières foulées se font en courant mais rapidement, le chemin s’élève et nous reprenons les bâtons et la marche rapide. En effet, il nous faut d’entrée accéder au sommet des crêtes des Mont Jura en passant par la Vieille Faucille pour atteindre le Mont Rond. D’entrée, nous avons pris 600m de dénivelé pour atteindre le Colomby de Gex à 1688m.

Ce passage sur le GR9 est tout simplement magnifique. C’est vrai dommage que les nuages ne se lèvent pas plus que ça, ils ne nous permettent juste d’apercevoir le Lac Léman et Genève mais nous ne distinguons pas les Alpes qu’on peut alors contempler par temps clair. Nous sommes sur des pelouses sèches, les roches à fleur sur un terrain vallonné. Les troupeaux de bovins nous regardent passer, l’air dubitatif. Et puis nous rattrapons un chemin blanc qui nous conduira vers la station de ski de Lélex. Je suis comme la veille avec René, tantôt devant, tantôt dans son sillage et le rythme me convient bien comme ça. Surtout que ce matin, depuis le départ, je ressens une douleur au genou gauche qui ne part pas, alors ne forçons pas. Et puis c’est la grosse descente vers Lélex. Là, d’abord, je reste derrière le petit groupe de 3 ou 4 coureurs que j’ai accroché. Puis rapidement, j’ai la place de passer alors je prends les devants et je m’enfuis. Tant pis pour le genou. Ça descend très vite si bien que j’arrive avec 5 minutes d’avance au ravitaillement au pied du télécabine sur mon petit groupe, il est 10h.

Comme la veille à Saint-Claude, je prends le temps de me ravitailler alors que René repart devant. J’emporte quelques vivres avec moi et je repars en marchant sur la longue ligne droite en bitume qui mène aux Mars. Là, nous empruntons un chemin qui nous mène au bord de la Valserine. La rivière est gonflée par les pluies récentes mais à ce moment là, s’il fait gris, le temps est plutôt clair. Nous longeons donc le cours d’eau sur un petit sentier avec quelques pontons de bois pour passer les petits affluents en torrent. La route se poursuit sur la rive droite vers les Platières et après une grande portion presque plate, les difficultés reprennent.

Nous entrons dans la forêt et tout de suite, le sentier s’élève de manière assez raide. J’ai du mal à me remettre en route, je pousse sur les bâtons mais ça n’avance pas vite. Alors je continue, tranquillement, sans me décourager si bien qu’après quelques 10aines de mètres, je prends le bon rythme et là, tout s’accélère : je passe le coureur de devant, puis le suivant, au milieu des cailloux qui forment le lit d’un torrent. Nous récupérons le chemin blanc à proximité du Grand Bal et je poursuis ma folle ascension pour arriver seul et avec de l’avance aux Closettes où nous attend un ravitaillement. Depuis la Valserine, nous avons encore pris 700m de dénivelé. Depuis la tente dressée au milieu des champs, la vue est somptueuse sur le Chalam que les nuages ont décidé de découvrir enfin ! Nous devons encore monter là-haut, il est 11h40, nous avons parcouru plus de 25km. Je me retourne et qui vois-je arriver ? Marine, la fille du Chabot qui m’a encore rejoint ici. Décidément, je me dis qu’elle a la forme car chaque fois que je prends de l’avance, elle finit par me rattraper ! Je repars avant elle pour la petite descente « amusante » avant de reprendre les hostilités.

Au pied de la grande montée vers le crêt, je me retourne et m’attend à voir Marine mais non, cette fois, elle n’est plus là, alors je suis de près le coureur de devant. Dans la même configuration que la précédente montée, je démarre doucement et d’un coup, c’est le déclic et je pars. Je double donc mon prédécesseur, puis celle de devant. Le pente se durcit de plus en plus. Ce chemin, je l’ai déjà emprunté, je le connais et pourtant, je ne reconnais rien. Peut-être est-ce à cause de la pluie qui s’invite alors que je pensais monter sous le soleil. Quoiqu’il en soit, nous arrivons dans les derniers hectomètres de montée sur de gros blocs de rochers glissants. Je double encore et arrive au sommet où une famille pique-nique sous la pluie, en pancho ! J’ai monté le Crêt de Chalam en moins de 30 minutes.

A la bascule, je récupère 2 filles qui font équipe depuis la veille. Elles sont surprises de me voir débouler dans les escaliers de la descente et me demandent si elles peuvent monter sur mon dos pour aller plus vite. Je leur prouve que c’est une mauvaise idée en me rétamant sur les fesses après une superbe glissade. Des glissades, il y en aura beaucoup d’autres car le chemin de la descente vers la Borne aux Lions a été labouré par le débardage, ce qui me vaudra une nouvelle chute ! J’arrive en bas tout de même en bon état, passe la Borne aux Lions puis le Berbois. Je m’attends alors à me diriger vers la Pesse .Sauf que ce que je n’avais pas prévu, c’est que les organisateurs nous font passer par le Crêt du Nerbier puis la Combe froide. Ce coin là, je ne le connais pas et je ne m’attendais surtout pas à passer ici. Du coup, le moral retombe et comme la veille, après le 30ème kilomètre, je peine à avancer. Cette Combe porte d’ailleurs bien son nom puisque je ne verrai pas âme qui vive durant plus de 30 minutes ! Mais enfin, j’arrive à La Pesse vers 13h40.

A ce ravitaillement, je ressors le coupe-vent car la pluie tombe drue. J’essaie de ne pas perdre trop de temps car je connais la portion qui arrive, nous l’avons prise à l’envers lors de notre sortie club du mois de Mai. Je sais donc ce qui m’attend pour rejoindre la Croix des Couloirs alors je peux repartir sereinement. Le rythme n’est pas très élevé mais j’avance tout de même. Par contre, alors que je pensais arriver au point culminant, je cherche la fameuse croix que je ne finirai par distinguer qu’en me rapprochant à une 10aine de mètre tellement le brouillard est épais. Par contre, la pluie s’est arrêtée. C’est maintenant une grande descente vers l’Enversis qui m’attend. J’ai pris le train d’un coureur qui venait de me dépasser puis d’autres nous rattrapent. Nous sommes maintenant sous le nuage, la vue est dégagée, nous pouvons accélérer pour rejoindre le Tacon en fond de vallée pour remonter sur Coyrières.

Coyrières, on a entendu parler de l’ambiance survoltée du ravitaillement dans ce village, le dernier avant l’arrivée. Nous avons parcouru plus de 45km et ça fait vraiment chaud au cœur d’entendre la musique, un speaker qui vous accueille par votre prénom, on vous dorlote, on vous chouchoute ! Xavier est là et comme la veille au Pré Martinet, il prend soin de moi, me demande comment je suis et estime mon temps restant de course à 1h environ. Mentalement, je suis pressé d’en finir mais prêt à mener le combat durant ces derniers kilomètres. Alors je repars fort. C’est d’ailleurs là que j’ai dû le cogner le pied quelque part car je ressens, en plus du genou gauche, une vive douleur sur la tranche extérieure du pied droit ! Mais je veux finir vite alors tant pis pour la douleur, je passe outre et je file.

Je laisse tout le monde derrière, je rattrape ceux devant me permettant même d’encourager ceux qui sont mal en point. Je descends vite pour traverser le Tacon et remonter à la Gaité. Là, Sandrine fait la circulation et annonce au couple de filles qui me précède qu’il reste 4km. Ces deux-là, les mêmes qu’au sommet de Chalam (elles me sont passées devant entre les 2 derniers ravitos) sont anéanties ! Elles pensaient qu’il ne restait que 2km mais ce sera le double. Pour ma part, je sais exactement où je suis et ce qu’il me reste et je profite de cette différence de mental pour accélérer encore. Au-dessus de la Gaité, le chemin est d’abord vallonné puis presque plat jusqu’au Marais. Après le village, il reste à redescendre dans la Combe pour rejoindre Saint-Claude. Plus que quelques centaines de mètre, j’envoie un texto à Laeti qui doit être là avec mon fils. Je passe le cimetière, c’est la toute dernière montée (c’est une petite bosse mais là, pour moi, c’était une côte), je ne craque pas, rejoint le grand pont. Je vois la foule, l’arche d’arrivée. Plus qu’un tour du par cet je retrouve mon fils et sa mère. Après une petite photo, nous terminons tous les 3 ensemble et passons l’arche après 9h29 de course ! Au cumul des 2 étapes, ce sont donc 18h50 de course.

Tout le monde est là pour m’accueillir, ils ont l’air heureux pour moi et moi je suis aussi content pour moi ! C’est fait, je viens de terminer l’UTTJ, 110km en 2 étapes avec 6500m de dénivelé, un truc qui paraît fou comme ça et qui en fait, n’en est pas loin ! Si mon principal objectif est bien la TDS de fin août, cet UTTJ est un vrai défi à part entière.

Je ne vais pas vous faire un speech mais si je devais retenir quelque chose de l’UTTJ, c’est que pour moi, ça aura été une vraie aventure humaine, un vrai challenge vaincu dans la douleur parfois mais beaucoup plus souvent dans la joie et la bonne humeur. Les parcours sont magnifiques. Bien sûr, je connais une partie des paysages mais j’en encore découvert que je retournerai contempler par beau temps. Côté organisation, Sam qui a pris la suite d’Olivier aura été un chef d’orchestre parfait, toujours disponible, souriant, avenant. C’est exactement le même état d’esprit pour tous les bénévoles : signaleurs, ravitailleurs et toutes les autres fonctions que demandent cette course, tous auront été d’une gentillesse incroyable et c’est d’abord eux qu’il faut remercier pour cette réussite. J’ai aussi une petite pensée pour les fermeurs qui partent en même temps que tout le monde et qui arrivent après tout le monde. Ils ont couru-marché pendant plus de 13h par jour pour être sûr de ne perdre personne.

J’ai entendu ça et là certains qui aimeraient faire le parcours en « non-stop ». Mais personnellement, je pense qu’une telle formule ne serait pas aussi réussie car le bivouac à Mijoux, c’est aussi un instant superbe. Les lieux mis à disposition pour nous coureurs ont été irréprochables, accueillants, les repas étaient succulents (en tout cas pour les coureurs que nous sommes), les massages des étudiants bisontins étaient les bienvenus et forts agréables. Non, vraiment, ce bivouac fait partie de l’aventure car l’UTTJ, c’est une aventure.

Je savais en m’inscrivant ici que j’allais passer de bons moments mais c’était très sous-estimé. J’ai des souvenirs plein la tête et je pense que je vais les garder un moment. A côté de tous ces beaux sentiments, les petites blessures sont bien peu de choses. Alors pour tous ceux qui pensent encore qu’une course dans le Jura, c’est une épreuve rude au milieu de montagneux bougons, je n’aurai qu’une phrase à leur dire : Venez faire Un Tour en Terre du Jura !

Cet article a 6 commentaires

  1. Avatar

    18h50 de course… pfiouuuu j’imagine même pas l’état des jambes après ça !!^^ Ca va mieux le genou ?

    1. lolotrail

      Bah pas vraiment… reprise de l’entrainement dimanche et j’ai fini en marchant! Alors je calme le jeu les prochains jours : piscine, vélo, randonnée (je n’ai pas mal en marchant)… On reprendra la course dans quelques temps!

  2. Avatar

    Super récit Lolo ! Ca donne envie comme format et l’ambiance a l’air très sympa !

    1. lolotrail

      Merci Jaife! Je confirme : une super course, faudra que tu y viennes prendre quelques photos un de ces jours! D’ailleurs, j’adore tes photos, dommage que je ne sois jamais là au bon moment face à ton objectif… (Marathon du Mont Blanc 2013). Peut-être un petit (re)tour à Chamonix pour la fin du mois (je suis sur la TDS)?

  3. Avatar

    ahhhh, elle me fait rêver cette course… j’espère la courir un jour, et quel plaisir de courir dans sa (si belle) région ! Vive le Jura !!!

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