Mon Trail à moi

Vous avez été très nombreux à NE PAS m’avoir demandé mon opinion sur les récentes réactions vis à vis des relations entre le Trail Running et les instances fédérales. Du coup, je vais vous la donner tout de même, ça fera parler un peu (et ça agrémentera mon blog d’un article de plus…gnarf).

Mais avant tout, revenons sur le Trail Running, ses origines, ses valeurs, …

L’histoire du Trail Running

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Vous pensez que le Trail Running est né depuis que Killian Jornet a remporté pour la seconde fois l’UTMB? Bon, bah, vous êtes recalés à l’exam’ ! Effectivement, le Trail Running a pris une énorme ampleur ces quelques dernières années mais on courait dans les montagnes bien avant cela! J’ai mené de longues et fastidieuses recherches très poussées, demandant des moyens colossaux et je peux maintenant vous dire que dans le Jura on courait déjà au moins depuis 1995! J’en veux pour preuve la Course de la Passerelle de Pratz, l’une des plus épreuves les plus réputées du Plateau du Lizon, qui fête en 2015 son 20ème anniversaire (ce sera le 1er week-end d’octobre, un peu de pub au passage…). Mais apparemment, dans d’autres régions, les origines de la course nature sont bien plus anciennes. Après des fouilles sur le site archéologique classé que représente mon armoire, j’ai trouvé un tshirt jaune fluo datant de 2013 sur lequel il est inscrit “60ème Saintélyon” ! Comme quoi…

Comme vous pouvez vous en rendre compte, le Trail Running ne se résume pas aux grands rendez-vous tels que l’UTMB. On court partout, depuis toujours (je vous fais grâce de l’histoire de l’homme préhistorique qui fuyait le dinosaure…). Depuis longtemps, on parcourt les sentiers sur les flancs de montagne, le “Trail Running” est juste un terme qui permet de regrouper les courses organisées dans ces endroits, de les classer, les catégoriser (on aime bien ranger les choses dans des cases…). Mais c’est vrai que les grosses organisations ont permis de populariser la pratique, elle est devenue un peu plus médiatique grâce à elles.

Le Trail Running est une secte

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Plus qu’une secte, c’est même une religion, qui plus est très organisée. Le Trail Running est une religion polythéiste comptant alors de nombreuses divinités qui ont la particularité de se renouveler au fil du temps. Il y a quelques années, le trail runner croyait en un dieu népalais, Dachiri Dawa Sherpa, qui a côtoyé quelques temps une autre icône venue d’Espagne, Killian Jornet. Tous 2 ont largement contribué à la popularisation du Trail Running (voir gagner un petit gars tout sec d’une vingtaine d’année la course réputée comme la plus dure au monde, ça marque les esprits!). Puis d’autres dieux, français ceux-ci, sont entrés dans la place : Xavier Thévenard le Jurassien, François d’Haène le Vigneron, … Comme chez les grecs ou les romains, il existe aussi des déesses: Emilie Forsberg a qui l’on prête des accointances avec Killian, Emilie Lecomte, déesse des îles (record sur le GR20 corse, victorieuse du Grand Raid de la Réunion,…) en sont de beaux exemples.

Il existe pour cette religion de très nombreuses lieux de pratique et de prières. Les plus connus sont souvent placés en région montagneuses. On parle notamment de l’UTMB en vallée de Chamonix comme de la Mecque du Trail où plus de 6000 pratiquants se retrouvent une fois par an. Mais dans chaque partie du monde les fidèles peuvent trouver tout au long de l’année des endroits pour se livrer à leur culte. Le fidèle organise alors sa vie autour de cette croyance : il remplit son placard de chaussures à crampons plus ou moins prononcés, il collectionne des bouts de papiers carrés troués aux 4 coins par des épingles à nourrice avec des numéros inscrits dessus, il ne sort plus sans sac à dos pourvu d’un tuyau, il mange des produits énergisants et boit des boissons “isotoniques” (comme l’Islam, l’alimentation est très réglementée),… Et pour parfaire cette organisation, le Trail Running dispose de “recruteurs” connus sous les noms de Salomon, Hoka, Raidlight, etc… qui participent largement à l’habillement, lui aussi réglementé, du pratiquant.

Le Trail Running, une philosophie

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Nous venons de le voir, le Trail Running est un état d’esprit, un courant de pensée. On l’oppose très souvent à une autre religion, celle de la course du route. Pourtant, ces 2 pratiquent peuvent se regrouper dans une même philosophie dénommée “Courses Hors Stade”. Mais il est vrai qu’on remarque des différences de comportement, ceci étant sûrement dû au lieu de pratique. En effet, les “bâtisseurs” ont en leur temps travaillé à relier les populations par des voies d’accès facilement praticables que nous avons appelées routes. Il s’agit donc de chemins “empruntables” par la plus grande majorité. On peut donc s’y amasser par milliers relativement simplement, ce qui donnent aujourd’hui des épreuves de type Marathon où ce sont parfois plus de 50.000 fidèles qui se rassemblent. Bizarrement, l’objectif de la plupart est d’arriver avant les autres ou en tout cas plus vite que soi-même (???). Dans d’autres contrées, pas de bâtisseurs, l’homme (et la femme aussi, hein!) n’ont pas cherché à adapter le terrain pour rejoindre ses congénères, c’est lui qui s’est adapté au milieu. Ainsi, les parcours de Trail Running comportent des difficultés comme des variations d’altitude, des revêtements de sols divers et variés, … On peut donc penser que le Trail Running est plus dur que la course du route (bon, tout ça n’est que question d’appréhension et de préparation) et de ce fait, seuls les dieux et demi-dieux se livrent une bataille sans merci pour être le premier, les fidèles ne se battent que contre eux-mêmes pour simplement arriver au bout du chemin de prière. Conscient des sacrifices auxquels chacun doit faire face, les croyants viennent régulièrement en aide à leur prochain, ce qui en fait un pèlerinage de solidarité!

Le Trail Running est alors plutôt considéré comme une pratique sportive respectueuse de la nature (sur ce point, il y a aussi des hérétiques et des croyants non pratiquants!) et soumise aux éléments. La difficulté réputée semble être source de liens entre les pratiquants à qui il est demandé d’être solidaire et responsable.

Le Trail et les autres

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Mon expérience professionnelle m’a appris qu’il est presque impossible de fabriquer 2 moules identiques mais que toutes les pièces qui en sortent sont réputées l’être. Ainsi, le Trail Running et la course du route sont 2 moules différents bien que très proches et nous autres pratiquants de l’une ou l’autre des disciplines ne sommes finalement pas si différents. Ainsi, établir des règles ou chartes pour l’une ou l’autre me semble être une idée qui vaille la peine d’être creusée. Si la course sur route est régie depuis longtemps, je pense que le Trail Running a aussi un besoin d’être structuré. Cependant, chacune a des spécificités qui méritent d’être respectées. On ne peut à mon sens pas gérer la course sur route comme le Trail et nous nous devons de préserver ces différences. Qu’une instance fédérale cherche à être présent avec à l’esprit une vraie envie de faire progresser une pratique dans le respect de ses valeurs ne me choque pas. Qu’elle cherche a en faire du profit, à la formater, à rendre strictement identiques 2 moules est un non sens.

Certaines de nos divinités vivantes ne sont pas forcément d’accords sur le fond, les opinions différentes se doivent d’être respectées. Par contre, elle s’accordent sur la forme. Dans notre cas, François D’Haène ne souhaite pas prendre part aux Championnats du Monde, Xavier Thévenard portera les couleurs de notre pays. Mais tous 2 dénoncent le  départ séparé entre les élites et les autres. Dans le Trail Running, nous embarquons tous pour la même galère, c’est aussi ça qui fait son charme alors pourquoi faire des différences entre les dieux et les fidèles?

Mon Trail à moi ?

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Moi je viens du sport collectif et j’ai pu constater que les valeurs censées être collectives dans une équipe le sont de moins en moins. En arrivant dans le Jura, j’ai décidé de changer mes pratiques sportives et naturellement, lorsqu’on parle de courir dans cette région, c’est vers le Trail qu’on se dirige car la configuration des lieux non seulement le permet mais presque l’oblige!

Immédiatement, j’ai pris un grand plaisir à explorer, découvrir des endroits où je ne serai sûrement jamais allé autrement, à gravir des sommets, à me démontrer à moi même que je suis capable de choses que je ne soupçonnais pas. Au fil du temps et de la pratique, j’ai appris à connaître mes congénères et c’est là aussi un grand plaisir de les retrouver au départ des courses, de partager des instants de douleur pendant l’effort et de discuter ensemble après la course un verre de bière à la main. Au final, les valeurs que j’ai perdu dans le sport collectif, je les ai retrouvé dans un sport individuel, le Trail Running.

Mon Trail à moi, c’est ça, l’aventure, seul ou pas, la découverte de nouveaux lieux, chemins, panoramas, dans le respect de l’environnement qui m’entoure, prendre le temps de profiter de la nature, des bons moments mais aussi le côté du défi sportif en repoussant toujours un peu plus les limites établies, dans l’effort et la difficulté, me dire que rien n’est jamais acquis, c’est ainsi que j’avance.

Mon Trail à moi, c’est aussi la possibilité de partager ces moments avec des gens qui ont des valeurs proches des miennes, d’aider l’ami qui est dans la difficulté et pouvoir compter sur lui lorsque c’est moi qui peine, c’est faire découvrir ma passion à mes proches (ma femme s’est mise à courir aussi).

Pour moi, c’est dans ces valeurs, dans ce contexte que je m’éclate. Je suis certains que mes cousins de la course sur route ont autant de bonnes raisons de préférer fouler le bitume plutôt que les chemins. Alors pourquoi nous battre? Pourquoi chercher à nous rendre semblables alors que ce sont nos différences qui nous rapprochent? Laissez-nous donc pratiquer nos sports tranquilles, respectez-nous!

PS : cette vision est strictement personnelle et elle se veut humoristique. Ne voyez là aucune forme d’offense à quelconque croyance quelle qu’elle soit.

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